Outil d’éducation populaire né il y a bien des années, revisité plus récemment pour un modèle plus militant, les universités populaires se définissent toutes comme des espaces de transmission de savoirs. Elles sont présentes dans un grand nombre de villes en France. Plus modernes que jamais, à l’heure de l’information massive et continue, les universités populaires sont un moyen pertinent de nous aider à mieux comprendre le monde et peut-être mieux nous organiser dans ce flot. Présentation et réflexions sur ces rendez-vous réguliers où les passionnés d’un sujet transmettent leurs savoirs aux participants.

Quand tout a commencé…

Le modèle des universités populaires existe depuis des décennies. A la fin des années 1890, l’Affaire Dreyfus secoue la France et divise l’opinion publique. Dans ce contexte, plusieurs facteurs convergent et mènent à la création des premières universités populaires. Le terme « intellectuel » apparaît et élargit la catégorie au-delà des écrivains et philosophes. Ces derniers prennent conscience de leur impact dans la société et de la place importante de leurs propos qui leur est accordée dans les débats du moment. Dans le même temps, se dessine une détermination à réduire les écarts entre ceux qui sont présentés comme ceux qui savent, et les autres, et donc à faire profiter la classe ouvrière de nouveaux savoirs. Instituées comme de nouvelles formes d’action politique ou bien comme une activité intellectuelle ouverte à tous et toutes, les universités populaires sont fondées pour bonne part par des intellectuels.

J'accuse

Au fil de l’Histoire, le nombre d’universités populaires va fluctuer. A leur apogée en 1902, elles sont plus de 140 en France, puis elles perdent de leur force dans l’entre-deux-guerres, avant de trouver un renouveau entre 1960 et 1980.

Quelles formes ont-elles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, une centaine est active et leurs formes se sont diversifiées. Le modèle traditionnel et le modèle alternatif sont les plus communs actuellement. Ils se retrouvent dans leurs objectifs de partage des savoirs et sur le principe du savoir permettant le développement du libre arbitre.

Les universités populaires traditionnelles sont les héritières historiques. Organisées en fédération nationale, elles sont aussi appelées « universités du temps libre » ou « université inter-âges » selon les communes. L’accès est le plus souvent payant, et les enseignements davantage tournés vers les savoirs pratiques (botanique, santé, bien-être, par exemple) et l’apprentissage des langues.

Les universités populaires dites alternatives sont nées dans les années 2000. Elles s’inspirent en grande partie des principes de l’Université populaire de 2002 fondée par Michel Onfray à Caen. La gratuité, l’accès libre à tous et toutes sans prérequis, les savoirs académiques en définissent les règles. Avec ces nouveaux principes, apparaissent de nouveaux questionnements. Les universités populaires alternatives interrogent le sens de l’apprentissage sous cette forme ouverte et posent donc le débat entre individualité et collectif.

Sont-elles animées d’une visée de transformation collective et sociale par la transmission du savoir à un groupe ou bien d’un objectif d’émancipation personnelle ? Les universités populaires laissent le débat ouvert depuis bien des années sans viser d’ailleurs d’y répondre définitivement. A nous de décider. On peut alors s’en saisir comme d’un outil pour aiguiser nos consciences, notre sens critique. Connaître davantage le monde qui nous entoure sous ses angles multiples pour mieux se situer dans l’information quotidienne, pour se positionner intellectuellement, ou encore simplement pour le plaisir d’apprendre. Loin des contraintes du modèle scolaire classique, notre volonté est (le) seul moteur de notre participation à ce type d’espaces d’éducation populaire. Sans note, sans compétition, sans contrôle, simplement pour apprendre.

Les universités populaires alternatives ? L’exemple de celle d’Avignon.

Pour bon nombre de participants aux universités populaires, le plaisir d’apprendre guide donc leur présence, sinon le plaisir de transmettre et d’enseigner. C’est cette envie qui a conduit les fondateurs de l’Université populaire d’Avignon a créer leur espace de savoirs partagés. Des enseignants avignonnais qui voulaient enseigner sans noter, juste pour le plaisir, face à un auditoire qui partage la démarche.

L’Université populaire d’Avignon a dispensé ses premiers cours en 2005. Elle est née quand le débat sur l’Europe et le sentiment de trahison des politiciens envers le peuple ont suscité l’envie de mieux comprendre les enjeux de notre société, de s’armer de savoirs et de connaissances pour mener plus aisément les débats dans un cercle familier ou plus large.

Suivant le mouvement des années 2000, elle se fixe comme règle la gratuité, la prédominance de sujets pluridisciplinaires, les partenariats locaux et l’accès libre à toutes et tous sans prérequis.

1. La gratuité

Les universités populaires dite alternatives sont en principe toutes gratuites, ce qui tend le plus souvent vers un modèle économique reposant sur des financements publics. Exception faite à Avignon ! La gratuité des enseignements hebdomadaires y est établie et la cotisation d’entrée à prix libre permet de couvrir l’assurance et l’organisation de l’Assemblée générale une fois par an. Les intervenants sont bénévoles et les locaux de l’Université d’Avignon sont prêtés en échange de la création d’un module d’UE (Unité d’Enseignement) pour les étudiants de Licence. La quasi absence de dépenses leur permet de fonctionner presque sans rentrée d’argent. Un sacré problème en moins pour une association !

2. Des sujets choisis

Chaque année un thème est voté par le Conseil d’administration. Il se veut être suffisamment large pour assurer une pluridisciplinarité et pouvoir être étiré dans plusieurs directions. Par exemple, en 2017-2018, le thème du corps abordait différentes questions : « Le corps nous met-il dans tous nos états ? Comment les États gèrent-ils nos corps ? Depuis quand concevons-nous le corps d’abord comme un organisme ? Comment les explorations scientifiques du corps ont-elles modelé et modifié nos conceptions du corps ? Comment l’Antiquité concevait-elle le corps ? Comment les artistes ont-ils représenté le corps ? … »

Le jeu, le temps, la mémoire, l’erreur, la modernité, sont une partie des thèmes annuels qui ont animé les cours du mardi soir depuis 13 ans.

3. Des partenariats locaux

Ancrer l’université populaire dans le paysage culturel avignonnais est une volonté marquée de l’équipe actuelle. Ville bien connue pour son attrait pour la culture, le théâtre et le cinéma, on retrouve là les orientations des différents partenariats avignonnais. Depuis 13 ans, l’Université populaire tisse des liens forts avec, entre autres : l’association emblématique de musiques actuelles de jazz qu’est l’Ajmi, le cinéma Utopia, le Délirium en tant que bar culturel et résidence d’artistes, ou encore l’Université d’Avignon. Ces collaborations prennent différentes formes, comme le prêt de salles, l’intervention d’artistes ou de spécialistes issus de ces structures dans les programmes des cours de l’Université populaire du mardi soir, la programmation d’événements culturels et/ou festifs communs permettant de croiser les publics, etc.

cinema utopia

4. L’accès libre à tous et toutes

Les soirs qui enregistrent le moins de participants avoisinent les 60 personnes présentes. Sinon la moyenne est généralement de 100 à 200 personnes. Des chiffres qui valent certainement leur succès au fonctionnement singulier de cette université populaire. L’intérêt et la fidélité des participants semblent être le fruit des points exposés précédemment.

Plus ou moins militantes, affichées comme tel ou non, plus ou moins engagées vers la transformation sociale, les universités populaires sont un outil d’éducation populaire dont chacun-e peut se saisir en vue de ses propres objectifs. Le plaisir d’apprendre, d’élargir ses savoirs vers des domaines que l’on ne connaît pas ou peu, de s’initier à la philosophie, aux mathématiques, à l’Histoire, aux sciences… sont autant de raisons qui peuvent conduire à participer à ces rendez-vous. Dans un esprit plus altermondialiste, nous pensons que le cadre des universités populaires peut fortement aider et accompagner la création et l’émancipation de collectifs toujours plus avertis vers une transformation globale de la société. C’est d’ailleurs ce que les mouvements sociaux ont compris de cet outil. Sous forme d’occupations de places publiques comme Nuit debout en 2016, ou lors d’occupations d’amphithéâtres universitaires en période de manifestations, voilà les universités populaires dépoussiérées sous un nouvel angle éphémère et exceptionnel. Kwnoledge is a weapon !

Pour plus d’informations :

Université populaire d’Avignon

Ajmi

Cinéma Utopia

Le Délirium

L’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse

Sources :

http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/rapport-2018-01-univpop.pdf

L’université populaure de Lille, un siècle d’histoire 1900-2000 ouvrage coordonné par Alain Lottin, La Voix du Nord , 2000

Les universités populaires en France Un état des lieux à la lumière de trois expériences européennes : Allemagne, Italie et Suède, INJEP notes et rapports, mars 2018, JEAN-CLAUDE RICHEZ

Entretien avec M. Jean-Robert Alcarras, juin 2018, fondateur de l’Université populaire d’Avignon.

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