Qui habite, ou a habité une ville, sait à quel point plus nous sommes nombreux, plus il est compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Rennes, avec ses 200 000 habitants, ne déroge pas à la règle. Dans le même temps, des structures associatives se développent dans tous les domaines pour contrer cet effet, et/ou pour préserver l’environnement, promouvoir les artistes locaux, redonner vie à un quartier, s’entraider, etc. Si Keur Eskemm a pour objet de favoriser l’interculturalité dans la vie rennaise et Les ateliers du vent de soutenir et diffuser les artistes, toutes les deux participent d’une dynamique de se faire rencontrer des gens, en se servant de l’art comme d’un simple prétexte. Reportage croisé sur ces deux actions.

Faire de l’Art pour se rencontrer ?

Donner les clés d’un local de 200m² en plein cœur de Rennes, Place des Lices, à disposition de 30 jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, et qui ont été sélectionnés pour être issus d’horizons les plus variés possibles. Et reprendre les clés six mois plus tard. C’est le projet fou et génial que tente l’association Keur Eskemm pour donner naissance au Laboratoire Artistique Populaire, le LAP.

Certains sont étudiants, d’autres travaillent, certains font les deux, quelques-uns sont au chômage ou sont accompagnés par la mission locale, et tous constituent ce groupe qui vivra plus ou moins ensemble pendant six mois. L’idée générale du LAP est de favoriser et susciter la création et l’apprentissage artistique. Quelques ateliers avec des intervenants professionnels sont prévus par l’association, et charge au groupe de jeunes d’en prévoir d’autres, entre eux ou non, s’ils le désirent.

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Les différences de parcours et la dizaine de nationalités représentées rendent cette aventure unique pour chacun. Tous y côtoient des jeunes qu’ils n’auraient rencontré nulle part ailleurs. Ils n’ont aucune connaissance en commun, n’habitent pas le même quartier, n’écoutent pas la même musique, sont passionnés par des choses différentes, mais ici, au LAP, l’un va apprendre à l’autre à faire de la gravure sur TetraPack. De la quoi ??

C’est l’atelier auquel nous avons participé pendant leurs portes ouvertes, point d’orgue et point final de leur résidence de six mois entre ces murs. Durant ces quelques jours, ils présentent au public tout ce qu’ils ont appris et fait ensemble. Les visiteurs ont le droit à une visite guidée du lieu par ceux qui l’ont fait vivre, et à un atelier. Aujourd’hui, c’était gravure sur TetraPack. Explications : prendre une boite de lait et faire un dessin au feutre ou au crayon sur la partie grise, la partie intérieure. Repasser les traits à la pointe sèche ou au cutter, sans toutefois traverser le carton, seulement pour créer un petit sillon. Y étaler énergiquement une peinture bien grasse, spéciale linogravure, jusqu’à la faire pénétrer dans les sillons formant le dessin, et la faire disparaître des surfaces lisses. Nous avons notre modèle. Ensuite, il suffit d’insérer ensemble notre modèle et notre support final (une feuille de dessin) dans un appareil à faire des pâtes fraîches. La pression exercée viendra appliquer la peinture contenue dans les sillons du TetraPack vers notre feuille de papier à dessin.

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Sur les trente jeunes qui constituent ce groupe, les savoirs de ce type peuvent être très nombreux ! Mais un groupe a également besoin de s’organiser pour vivre, manger, prendre des décisions, faire le ménage, etc. C’est aussi un des grands aspects de cette expérience : apprendre à faire ensemble tant sur les pratiques artistiques en se transmettant des savoirs et techniques, que sur la vie en collectivité. A cet effet, le groupe de cette année a produit un petit guide sur les différents outils qu’il ont testé et mis en place pour s’organiser ensemble.

Ou bien, se rencontrer pour faire de l’Art ?

Plus à l’Ouest dans la ville, l’association « Les Ateliers du Vent » est installée dans une ancienne usine à moutarde du quartier Arsenal Redon. L’association est créée dans le milieu des années 90 de la réunion de copains étudiants désireux d’inventer un lieu de création et de diffusion de la culture. Cet espace se voulait être « hors cadre » et non institutionnalisé afin de décloisonner les pratiques artistiques de ses carcans traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, la structure œuvre aussi bien dans le soutien à la création, que dans la diffusion de ses artistes associés, ou encore dans l’expérimentation citoyenne par la participation des habitants de ce quartier en cours de rénovation.

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Nous y sommes allés un jeudi soir, à l’occasion de la restitution publique des travaux menés par les participants des Ateliers de Création Libre, les ACL. Le micro résonne un peu dans ce grand rez-de-chaussée aux murs blancs qui servent aux expositions, aux installations et diverses présentations. La vingtaine de personnes présentes est debout et écoute les cinq présentations successives des cinq personnes qui ont eu à travailler ce mois-ci sur le thème « Quelle heure est-il, Madame persil ? ». Les résultats sont variés ! Car les raisonnements de chacun sont partis de points très différents. L’une d’entre elles a créé un petit jeu visuel mettant en avant l’incongruité de cette petite comptine qui fait se répondre deux personnes s’appelant successivement Mme Persil, puis Mme Chaussure ainsi que Mme Placard qui devient Mme Piment deux vers plus bas. Une autre a requestionné notre rapport au temps toujours plus court, compressé et oppressant dans un texte vindicatif qu’elle nous a lu, pendant qu’un troisième participant a créé une machine loufoque capable de nous prédire l’heure de notre mort en touchant un cintre d’une main et une botte de persil d’une autre.

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Tous ces travaux individuels sont le résultat d’une réflexion de groupe qui a duré un mois. Tous les mercredis à 19h, ils se retrouvent autour de quelques pizzas afin d’imaginer des travaux qu’ils pourraient développer individuellement ou en groupe. Les ACL sont ouverts à toute nouvelle personne. L’adhésion à l’association, cinq euros, est obligatoire et en avant pour l’aventure ! Certains sont des artistes professionnels ou amateurs et prennent ces ateliers comme un moyen de travailler et d’entraîner leurs réflexions librement. D’autres ne le sont pas du tout, mais saisissent cette opportunité pour élargir leurs cadres de réflexions habituels. Réfléchir à d’autres choses, autrement, avec d’autres personnes, ailleurs. En somme, comme au LAP, c’est de la rencontre et de l’échange que naissent l’évolution et l’émancipation de chacun.

Et si, afin de mener un travail d’éducation populaire encore plus ambitieux, les structures se mettaient en lien comme elles invitent ses adhérents à le faire entre eux ? Et si le rendu mensuel des ACL se faisait dans les locaux du LAP ? Et si le LAP se déplaçait les mercredi soir aux ACL ? Et rêvons même encore plus grand à Rennes avec Chahut, l’Elabo, Au bout du plongeoir, etc…

 

Pour plus d’infos :

Les Ateliers du Vent
Les ACL de La Sophiste

Keur Eskemm
Le LAP

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