Entre deux danses traditionnelles bretonnes, une crêpe, la grisaille, et deux trois clichés, les brestois nous ont montré une âme militante et concernée par le sort réservé à leurs espaces communs. D’une ferme bio en milieu péri-urbain qui voit ses terres menacées par l’urbanisation toujours croissante, à un café culturel défendant les pavés et la libre organisation de sa ruelle, il n’y a qu’un pas que nous franchirons aujourd’hui : bétonner certains espaces, ou non, n’est pas l’affaire exclusive de trois technocrates enfermés dans un bureau. Cette question nous concerne tous.

Danger : projet inutile en cours…

En périphérie proche de Brest, plus de cinquante hectares de terres agricoles actuellement cultivées, dont une vingtaine par la Ferme bio Traon Bihan, sont compris dans un vaste projet de Brest Métropole visant à construire quelques 1500 logements, une zone d’activité et une zone artisanale. Le projet de Fontaine Margot a su rassembler autour de lui des opposants déterminés à soutenir Philippe et Valérie, les deux paysans de la Ferme Traon Bihan.

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Sur l’ensemble de nos territoires, les zones agricoles laissent de plus en plus place à une urbanisation toujours croissante. Entre les velléités politiques d’agrandissement de la commune et celles des industriels de couler toujours plus de béton, les zones cultivées, bio de surcroît, font parfois figure de résistantes dans nos paysages. Mais dans cette partie Ouest du Finistère, c’était sans compter le collectif de citoyens mobilisé autour du couple d’exploitants. La quinzaine de personnes qui s’investie à leurs côtés depuis un peu plus d’un an remue ciel et terre pour contrer le projet fou, et surtout, essayer de sauver les terres bio.

Urbanisation dans les zones périphériques, et aseptisation du bâti en milieu urbain. L’association « Vivre la rue » se bat depuis maintenant trente ans afin de préserver la rue Saint Malo, dans le quartier populaire de Recouvrance, au cœur de Brest. Dans une ville quasi entièrement reconstruite à la suite de la seconde guerre mondiale, les pavés du bout de la rue Saint Malo sont une exception dans ce décor. Mireille y a posé ses valises en 1990, dans l’une de ses maisons abandonnées, squattées, salies. Deux ans de nettoyage et d’arrangements décoratifs lui ont été nécessaires pour rendre ses lettres de noblesse à cette rue pleine de charme, avec l’aide des habitants du quartier qu’elle a su ramener auprès d’elle dans cette aventure.

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Depuis, les mêmes politiques qu’à Traon Bihan ont essayé à de maintes reprises de tout détruire, tout rénover aux normes donc autant dire aseptiser, tout casser, etc. Mais trente ans après le grand nettoyage et la nouvelle beauté qu’a connu la rue Saint Malo, les pavés sont toujours là, et ses amoureux aussi. Ses amoureux se comptent maintenant par dizaines. Les habitants du quartier résistent désormais ensemble face aux attaques de la mairie et de la métropole pour se réapproprier cet îlot de tranquillité.

 « Il ne faut rien lâcher, toujours être à l’affût ». Depuis dix ans, Mireille n’a pas quitté sa rue plus de 24 heures. Pour défendre ces espaces, des citoyens constitués en collectifs ou en association se mobilisent et passent du temps pour rester à l’affût de la moindre réunion ou décision administrative les concernant.

Action, réaction, création !

Afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur leurs combats, les collectifs redoublent d’inventivité. La mobilisation par des réunions, des tracts et des manifestations constituent une forme de militantisme qui n’a eu de cesse d’être renouvelée au cours du XXIe siècle. Loin de l’image bête et méchante véhiculée par les médias traditionnels à la botte du pouvoir qui font de ces collectifs de simples opposants à tout, énervés par principe et dépourvus de solutions alternatives, ces derniers nous ont montré de quel côté se trouvent l’inventivité, la créativité et le sens du partage. Ils savent dire non et faire des propositions dans le même temps.

A Recouvrance, pour préserver la singularité du quartier, ils l’ont investi par la culture et la rencontre. Une fois nettoyée et aménagée, la petite ruelle est le théâtre depuis trente ans de nombreux concerts et spectacles. La rue Saint Malo accueille parfois jusqu’à 2 000 personnes pour un concert des Ramoneurs de Menhirs ou des Monty Picon.

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Extrêmement soucieux du devenir des artistes dans nos sociétés, le collectif veille à les payer au prix juste, soit le prix qu’ils demandent, au moins. Fait rare dans le monde actuel qui a de plus en plus tendance à les voir inconsciemment comme des saltimbanques vivant d’amour et d’eau fraîche. Le prix libre et conscient pratiqué par l’association « Vivre la rue » permet un partage de ce moment festif entre ceux qui auraient pu se payer le billet et ceux qui ne le pourraient pas. Choisir ce que l’on paye, c’est aussi se responsabiliser quant à la rémunération des artistes : la survie de la personne et de son métier dans notre société dépend de ma participation.

Puis en 2010, l’association franchit une nouvelle étape en décidant d’investir un local abandonné appartenant à la mairie, situé cent mètres plus haut, dans la même rue Saint Malo. D’abord simple point d’accès à une connexion internet, puis lieu d’exposition, puis bar bio, puis point de vente de différents artistes (bijoux, cartes postales, …), le local s’aménage et s’embellit avec le temps.

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Il est aujourd’hui un lieu de rencontre permanent ouvert du mardi au dimanche de 14h à 21h. Wannah, ancienne et future salariée de l’association en contrat aidé, actuellement bénévole, est comme un poisson dans l’eau pour vous accueillir dans ce lieu chaleureux plein de bonnes énergies. Qu’il s’agisse d’assister à une soirée de musique improvisée, ou à une conférence, ou encore à un atelier, toutes les raisons sont bonnes pour s’y arrêter.

Dans la périphérie brestoise, le collectif rassemblé autour de Philippe et Valérie ne sont pas en reste pour imaginer des moyens de se rassembler. Le 22 avril 2018, nous étions quelques 300 personnes à nous rassembler sur l’une des prairies, propriété de Brest Métropole Habitat.

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Jusqu’alors mis à disposition pour la Ferme de Traon Bihan, cette parcelle bio fait partie de celles menacées par le projet de Fontaine Margot. Après un pique-nique partagé où chacun a ramené ses bons produits, nous nous unissions tous main dans la main sur ce qu’il reste de cette prairie. Les premiers tracteurs de chantier y sont passé pour retourner grossièrement l’ensemble du champ et le rendre inexploitable. La chaîne humaine était filmée par drone afin de montrer à la population brestoise et ses élus que les terres bio constituent un bien commun vital que nous ne laisserons pas aux mains des bétonneuses sans résistance.

L’innovation dont nous sommes capables lorsque nous nous réunissons nous offre un champ des possibles infini. Tant en termes d’opposition à un pouvoir fou et déraisonné qu’en termes de vivre et faire ensemble. La société civile se passe volontiers des experts, des élus, des technocrates et des costards cravates pour savoir ce dont elle a besoin, et le mettre en place. Elle sait dire non et faire des propositions pour avancer en toute conscience.

 

Pour en savoir plus :

La ferme de Traon Bihan : http://lafermedetraonbihan.fr/

L’association Vivre la rue :  www.vivrelarue.net

 

Et rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair/

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