C’est une histoire comme on les aime, celle d’une aventure collective, d’une résistance citoyenne au nom de la culture et du spectacle vivant.

Vous avez dit « culture » ?

La culture avec un grand C, celle des ââârtistes, des beaux arts, des conservatoires et de la culture « dominante » dans ce que son terme a de plus condescendant. Mais aussi la culture en ce qu’elle nous unit, nous réunit, qui dessine les contours de notre société, de notre histoire, de nos valeurs, de nos codes, et de nos habitudes… Qu’elles aillent de nos loisirs, sportifs ou créatifs, à notre alimentation, en passant par notre musique, nos rires, nos angoisses, nos rythmes de vie, nos habits, notre intimité, et jusqu’à notre tout. Et entre les deux « culture », un mur. Une barrière. Comme s’il y avait deux cultures. De deux pays, ou de deux régions différentes. Pourtant, force est de constater que l’on partage les mêmes. Que l’on ne peut faire autrement car elles ne forment qu’une, et qu’elles s’enrichissent l’une de l’autre, par de-là les grands C et les petits C. D’ailleurs, plus de grands et plus de petits quand une chanson nous fait pleurer ou danser. Plus de grands et plus de petits quand le repas dans nos assiettes nous fait saliver, quand un tableau nous emmène voyager, quand une sculpture nous ennuie, ou qu’une photo nous parle.

C’est l’histoire du collectif « Ohé du Bateau », à Tours. Ils se sont réunis à 1700 citoyens, artistes, entrepreneurs, associatifs, collectivités, petits et grands, pour que le petit C et le grand C trouvent un espace de rencontre, de dialogue et de vie.

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Ils se sont battus pour la réouverture et le rachat d’une salle de spectacle, promise à la fermeture et à la démolition. Ce n’était pas une idée en l’air ! Humblement, nous voulons rendre hommage à cette bande de héros. Toutes considérations tenant à la politique et au climat sociétal actuel mises de côté, il est de ces actions dont une société ne peut ressortir que gagnante, grandie, plus forte, plus riche, plus intelligente et plus ouverte vers l’avenir.

En 2010, l’aventure commence !

Pour comprendre la singularité de cette aventure, il faut remonter à 2010. Cette année-là la cofondatrice de la mythique salle tourangelle du Bateau Ivre prend sa retraite. Le lieu doit fermer. Le gratin de la scène française (notamment rock et alterno) était passé enflammer les planches et faire transpirer le public. Et pour les habitants, il n’est pas question que ce haut lieu de notre culture cesse de nous réunir, de nous faire chanter et de nous ouvrir. De cette volonté, les quelques précurseurs de la future SCIC se montent en collectif afin d’engager les premières réflexions sur une possible reprise de la salle, et surtout afin d’amorcer les premières discussions avec la multitude de parties prenantes gravitant autour : institutions culturelles, mairies, département, région, banques, financeurs, institutions publiques, etc.

La première phase de ce double combat durera alors cinq ans. Les visions de chacun s’entrechoquent parfois, mais le collectif parvient à développer et mettre en page un projet qu’ils sont de plus en plus nombreux à construire ensemble. Issus du monde de la culture, de l’éducation populaire, du commerce, du secteur public, du secteur privé, du secteur primaire, secondaire, tertiaire,  une vision commune de ce qu’ils veulent faire de la salle émerge et parvient à se coucher sur le papier de plus en plus précisément. Parallèlement, les partenaires et interlocuteurs prennent mesure du projet qui se construit et tendent à le considérer plus sérieusement.

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C’est en 2015 que la SCIC lance un appel à souscription d’une nouvelle ampleur, atteignant ainsi plus de 1700 personnes physiques ou morales. En avril 2016,  les souscriptions provenant des citoyens, des différentes associations et entreprises s’élevent à 270 000 €, en plus des 101000 € investies par les collectivités. L’achat du bâtiment a ainsi pu se finaliser à la fin de l’année 2017. Tous les papiers sont signés et les clés changent définitivement de main.

On peut tout imaginer !

L’objectif n’est pas de retrouver le Bateau Ivre comme on l’a quitté il y a 8 ans, la nouvelle équipe souhaite écrire une nouvelle page. Attaché à la diffusion de la culture et des arts vivants, le collectif tient à créer un espace privilégié d’expression de ces domaines. Projections de cinéma, concerts, expos, et un café culturel animeront la salle. Ils imaginent une salle dont les artistes quels qu’ils soient pourraient se saisir, ainsi que les entreprises, les associations, etc, à l’image de la diversité des membres du collectif. Pour le moment, la mobilisation est aux chantiers participatifs pour rafraîchir le lieu et préparer les futures installations.

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L’aventure au cœur de cet espace démontre à la fois que la mobilisation citoyenne peut dépasser les situations de stagnations, voire de désengagements politiques, et proposer de vraies solutions en matière de culture : même à beaucoup, et quand bien même différents, on peut faire de grandes choses ! Si la culture connaît des coupes budgétaires et des difficultés sévères d’années en années, alors le collectif « Ohé du Bateau » a fait le pari de s’en saisir et de relever le défi en lui offrant une place nouvelle et innovante.

« Finies les réunions à 600… »

Mais à 1700, ça fait quand même beaucoup autour d’une table pour se réunir et prendre des décisions… Il faut penser organisation. Accompagné un temps par l’Union Régionale des Scop, le groupe qui n’a cessé de grossir – et grossira encore espérons-le – semble avoir trouvé aujourd’hui une forme d’organisation qui permette à chacun de trouver sa place et d’avancer ensemble dans la même direction. Finies les réunions à 600…

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Répartis en laboratoires (à l’image des cercles déjà évoqués au sein des organisations en holacratie), les sociétaires peuvent s’investir selon leur envie et leurs compétences dans un des labo de travail. Pour la communication, la distillation, les travaux, ou encore l’administration, les membres de chaque labos apprennent à se connaître et commencent à trouver leur voie de travail. Dans un groupe humain si important, il a fallu du temps pour faire connaissance et donc du temps encore pour s’accorder sur les formes de travail collectif, mais aujourd’hui celui-ci semble s’approcher de son rythme de croisière.

Citoyens, entreprises, compagnies de théâtre, artistes, collectivités territoriales,… ce sont eux les sociétaires. C’est ensemble qu’ils font avancer l’histoire du Bateau Ivre. Être sociétaire ne se résume pas à faire un don financier, il s’agit également de s’engager moralement, de prendre part aux étapes et aux décisions. Voilà un enjeu de taille pour le collectif « Ohé du Bateau » : faire collaborer cet ensemble hétérogène, décloisonner ces différents milieux, créer des synergies. Action ! Ici on casse les murs à coups de marteaux lors des chantiers, et l’on casse les barrières entre citoyens et collectivités, entre artistes et entreprises, entre théâtre et arts plastiques !

Pour plus d’infos :
https://www.ohedubateau.com/
https://www.facebook.com/CollectifOheduBateau/

Suivez-nous sur facebook : https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair/

 

un commentaire

  1. Yeeees! Un projet plein d’énergie qui donne du peps dans nos projets similaires! Merci à vous pour cet article dynamique et qui rend compte de la force citoyenne qui peut être partout et réaliser nos projets les plus fous! 🙂

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