Situé au beau milieu d’un triangle reliant Arles, Nîmes et Avignon, entre les Alpilles et la Camargue, Beaucaire se trouve également pris entre trois départements et deux régions : Le Gard en Occitanie, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône en PACA. La commune de 16 000 habitants ne disposant d’aucun cinéma sur son territoire, les écoles de la ville étaient face à un dilemme. Soit payer un car excessivement cher pour 30 minutes de route et se rendre à Nîmes, et ainsi rester dans le département pour bénéficier du dispositif « école et cinéma » mis en place par l’Education Nationale, soit marcher 30 minutes pour économiser le prix du transport et se rendre en PACA dans la ville voisine de Tarascon. Pour la caisse d’une école, le choix d’économiser sur le transport a été décisif…

« Si on avait du mal à se rendre au cinéma, on s’est dit qu’on allait faire venir le cinéma à nous ! »

Bien que profitant de l’étincelant soleil de Provence toute l’année, Beaucaire n’en reste pas moins un territoire frappé de lourdes inégalités, avec un taux de chômage élevé, et des difficultés scolaires notoires pour les enfants.

Au début des années 2000, un petit groupe d’enseignants passionnés de leur profession et excédé de l’incohérence administrative dont étaient victimes leurs élèves, se constitue en association pour tenter de faire venir le cinéma là où il n’est pas. Ce n’était pas une idée en l’air !

Parallèlement, un festival de cinéma connu et reconnu se déroule à Alès depuis plus de 20 ans. Le Festival Itinérances diffuse au printemps sur 10 jours près de 200 films, dont une partie « Jeune public ».

En 2005, l’association d’enseignants alors nommée « Les têtes à clap » inaugure son premier Festival de Cinéma Scolaire. Par un partenariat judicieux, le Festival d’Alès leur loue les bandes des films qu’ils ont choisi parmi la sélection du Festival. Leur diffusion se fait au cinéma de Tarascon, à prix réduit.

25443243_2031338570216899_8513340642940440260_n

La première édition du Festival enregistre quelques 200 entrées en une semaine. Après plus de 10 éditions, les chiffres ont explosé, la quasi-totalité des écoles maternelles, élémentaires, collèges et lycées de Beaucaire et de Tarascon participent à l’évènement, et réunissent plus de 5000 entrées.

Moteur… Ça tourne !

Avec les années, le Festival n’a plus constitué l’unique action de l’association. Bien qu’extrêmement demandeuse de temps et d’énergie, l’organisation de cette semaine partage désormais la vedette au cours de l’année avec les projections rencontres, le projet BOX – OFFICE, et le Festival de Cinéma d’été grand public.

En 2017, pas moins de sept projections rencontres ont eu lieu dans les cinémas de Tarascon, organisées par l’association. La présence du réalisateur ou d’acteurs offre des moments de partage savoureux entre le public et les professionnels. Ludo, l’enseignant président de l’association apporte toute sa convivialité et sa chaleur humaine à accueillir ces invités le plus « normalement possible ». Alors que nous le rencontrons dans une boulangerie autour d’un café et d’un PAGO, il nous raconte : « On leur dit, ici c’est comme une famille. A chaque fois on a une relation en commun donc ça aide, mais on ne déroule pas le tapis rouge ! Comme on est avec vous, on est avec eux ! Leïla Bekhti, Omar Sy, pareil ! »

Le projet BOX – OFFICE a particulièrement retenu notre attention. Nico, commercial dans la vraie vie et seule personne non enseignante investie dans l’association, se rend dans le lycée de Tarascon avec Ludo afin de familiariser les lycéens avec l’outil cinématographique (caméras, logiciel de montage, etc.) et les accompagner dans la réalisation d’un court-métrage. A la fin de l’année, les différentes classes du lycée Daudet sont réunies en cérémonie dans le théâtre de la ville. Après la diffusion de tous les travaux, des prix sont remis au meilleur scénario, meilleur acteur, meilleure actrice, etc. Et pour clore le spectacle, une projection-rencontre est organisée dans la foulée, laissant toute la joie aux lycéens de savoir leur œuvre vue par un professionnel avec lequel ils ont pu échanger et même prendre un selfie.

Et pour finir l’année, l’association organise un nouveau Festival, cette fois-ci ouvert à tout public. Trois films sont diffusés en deux jours au mois de septembre, toujours en présence d’un acteur ou du réalisateur. La projection en plein air permet à l’équipe des Têtes à clap de donner des films à voir à des populations n’allant quasiment jamais au cinéma. Comme le veut l’essence de l’association, c’est le cinéma qui vient là où il n’est pas. Et pour se faire, ils ont développé un puissant réseau de connaissances dans le milieu, leur permettant d’avoir un invité d’honneur par an, tels que Jamel Debbouze, Eric Judor, Elie Semoun, Jean-Pierre Jeunet, etc.

12038247_1197042013646563_6304940414528455617_n

La passion comme moteur

Youssef Hajdi n’est pas le plus connu des grands noms cités jusqu’ici. Il a récemment joué dans Problemos, Le Bureau des Légendes, ou encore la série Platane. Mais celui qui est devenu parrain de l’association est un enfant du pays, et prend plaisir à venir dès qu’il le peut pour des projections rencontres et surtout tous les mois de septembre accompagner l’invité d’honneur. Et une personne autant appréciée que Youssef dans le milieu du 7e art constitue un atout non négligeable pour l’association.

La passion de ses bénévoles est un autre atout dont l’association se saisit de fait, et qui donne toute l’âme du projet. Et sa transmission aux enfants de leur région se fait notamment lors de la prise de parole de Ludo avant la projection d’un film : « Pendant le film, vous n’aurez pas le droit de parler, de vous lever, mais vous avez aussi des droits : de rire, d’avoir peur, et de pleurer… Moi aussi je pleure souvent devant un film ! »

Pleurer, ils ont failli le faire en 2014 à la suite des élections municipales qui ont vu le candidat Front National arrivé en tête et être élu. Dans l’ensemble des collectivités où le parti a été élu, les subventions pour les associations culturelles ont été drastiquement réduites. Chance pour les Têtes à clap, celles qu’ils touchaient n’étant pas vitale pour la survie de l’association, ils ont su faire sans, sans difficultés. Car avant qu’elle leur aurait pu leur être refusée, l’association avait décidé pour tout plein de raisons évidentes de ne recevoir aucun argent d’une municipalité FN.

Godart disait « Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout. »  Un poil ambitieuse (et pourquoi pas, après tout ?), cette phrase constituerait sûrement une maxime idéale pour l’association. Parler de tout, arriver à tout. Les REP, les REP+, les zones sensibles, les ZEP, les CUCS, en somme les quartiers populaires ont assez attendu. Désormais ils s’organisent pour avoir accès, mais également s’approprier la Culture avec un grand C, qui leur a trop longtemps été rendu inaccessible. Franck Lepage disait que cela ne servait à rien d’« apporter » la culture, de la planter et attendre que ça pousse. A Beaucaire, ils s’organisent pour la faire leur, selon leurs règles et leurs codes.

Pour plus d’infos : http://www.lestetesaclap.fr/

 

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s