« Vous pouvez même arracher les fauteuils si vous voulez, on a l’autorisation, allez-y ! » lance Pierre (déjà il a un prénom de caillou et il fonde Ricochet Sonore, le mec semble avoir de l’humour !) après avoir annoncé le lancement de Yo Voy Ganao de Systema Solar. Arrivés un peu en retard et installés au balcon, on se penche pour observer l’auditoire qui semblait avoir ri de la boutade. Surprise, que des cheveux blancs. L’auditorium Jacques Brel de la bibliothèque Mériadeck n’est pas plein, mais une petite trentaine de bordelaises et bordelais se sont déplacés en ce mardi matin pour cet « Explora’Son » qu’anime Pierre. Sur le mode d’une conférence (mais conférence décontractée), nous voyageons à travers la Colombie et ses musiques, ses styles, son histoire, ses régions, et les blagues de Pierre.

Trois mecs, deux nanas, et un café.

Nous découvrons ou redécouvrons Nidia Gongora, Toto la Momposina, Systema Solar, Rodolfo y su tipica, etc. Pendant deux heures, Pierre nous parle en ayant l’air d’être aussi à l’aise sur des groupes traditionnels des années 30, leur histoire et leur ADN musical, que sur Quantic, des musiques électro plus modernes ayant repris l’essence des musiques traditionnelles colombiennes. Pourtant, il nous dira plus tard que cet exercice n’est pas son préféré, et que c’était une première. Car s’il y avait autant de cheveux blancs dans la salle, c’est que l’animation était commandée par le Pôle Séniors de la ville de Bordeaux. Les « Mardis de la musique » réunissent un professionnel du secteur musical, un style qu’il connait, et un public de personnes âgées bordelaises. Et on dirait qu’après trois ans d’existence, Ricochet Sonore commence à jouir d’une certaine renommée et d’une certaine reconnaissance puisque c’est le service communal qui est venu démarcher l’association pour l’animation d’un de ces mardis.

L’auditoire a semblé intéressé, et même conquis, mais revenons plus en arrière pour comprendre ce qu’est Ricochet Sonore, qui sont Pierre, Arnaud, Léo, et Cyrielle, et ce qu’un café fait au milieu de tout ça…

Au détour d’une discussion, Pierre nous raconte qu’« en fait, Ricochet Sonore ce n’est pas seulement le début de quelque chose, c’est surtout un aboutissement. » Parce que comme chez les bouddhistes, sans le savoir, l’association a eu plusieurs vies avant de revêtir cette apparence et de porter ce nom. En premier, elle fut un rêve de gosses, de copains de lycée qui après un voyage en Allemagne pour un festival dont ils ont découvert la recette outre-Rhin, décident de faire pareil, chez eux dans leur campagne girondine. Ce n’était pas une idée en l’air ! (Première !) Et ça marche ! La petite bande se démène, travaille d’arrache-pied pour proposer en milieu rural un festival de musiques actuelles. Une des dernières années, le Festival des Confluences voit 5000 personnes se presser pour venir voir jouer des artistes à la renommée de plus en plus importante comme Chinese Man ou Les Wampas. Mais l’expérience ne comble pas ses fondateurs et le festival met la clé sous la porte quelques années plus tard.

Les projets musicaux persos… Les aventures professionnelles de chacun… Les cheminements personnels… La vie suit son cours. Nos copains de lycée ne se perdent pas de vue, et sans le savoir encore ils préparent la réincarnation des Confluences…

Les projets musicaux et professionnels de chacun évoluent, et tendent à se recroiser petit à petit autour de concerts en appartement qu’ils organisent dans Bordeaux, chez des particuliers. Parallèlement, ils réalisent que l’activité qu’ils sont en train de développer et l’expertise qu’ils sont en train de se forger aussi bien dans le domaine musical et culturel, que dans le domaine de l’animation et de l’éducation populaire formeraient un mariage d’amour idéal, qui leur permettrait peut-être de redonner un sens à leurs pratiques professionnelles.  Ce n’était pas une idée en l’air ! (Deuxième !)

Il y a des jours où on sent qu’on tient une bonne idée, on sent qu’on a une idée à développer, une idée qui nous intéresse, il faut qu’on la travaille ! Pierre et Arnaud ont mesuré cet instant de gravité, ont laissé les bières au frigo, et ont commandé un café. A la fin de l’après-midi, ils posent sur papier ce qui mijotait dans leurs esprits depuis quelques temps, et c’est parti ! Ils peuvent, savent, et veulent faire des animations musicales en tout genre (Quiz, DJ Set, Explora’Sons, etc.), des concerts en appartement, et des ateliers de pratique musicale (découverte ou initiations collectives). Ils voulaient mettre de la musique partout, de la musique pour tous… Yalla !

Un an plus tard, ils en étaient tous les deux salariés, et encore un an plus tard ils embauchaient Léo en stage, maintenant en CAE. Léo, c’est le jeune sorti des études qui ne connait pas encore le projet, et qui va pouvoir lui insuffler une énergie nouvelle, lui donner une nouvelle dimension. Trois salariés, ça bosse énormément. Mais forts de leurs expériences associatives passées, le volet bénévolat et l’investissement citoyen leur semblait manquer au projet de Ricochet Sonore. Ainsi, Leslie en 2016 puis Cyrielle en 2017 ont été embauchées en service civique afin de développer un réseau de bénévoles, le coordonner, l’animer, et tenter de le rendre pérenne.

Avec trois mecs, deux nanas et un café, on a Ricochet Sonore !

Musique partout, musique pour tous.

Ce petit groupe de bénévoles se constitue petit à petit. Composé pour parts d’anciens des  Confluences, de copains, de connaissances du milieu culturel et musical bordelais, de curieux et de passionnés, il a été décidé conjointement que ce groupe se chargerait de l’organisation des concerts en appartement. Pour l’association, l’organisation de ces événements n’est pas rentable financièrement. Fondé sur le principe de la participation libre des spectateurs, « les recettes arrivent juste à payer convenablement les musiciens, mais pas plus ». Véritable pierre angulaire du projet à sa création, mais ne permettant pas d’en tirer un revenu, les concerts en appartement ont trouvé une formule qui satisfait toutes les parties prenantes : des fondateurs ravis que l’activité perdure et que les bénévoles s’en saisissent, aux participants enchantés de l’expérience et de l’intimité avec les artistes, jusqu’à ces derniers pour la singularité de la proposition.

Parallèlement, Ricochet Sonore dispose d’une palette d’actions assez large et assez adaptable selon les demandes et les interlocuteurs, mais à la condition que l’activité rentre dans le cadre de leur crédo « Musique partout, musique pour tous » : amener la musique partout là où elle n’est pas, auprès d’une diversité de public la plus large possible.

Outre les concerts en appartements gérés par l’équipe de bénévoles, l’association peut se charger d’animations musicales telles que des quiz, des DJ Set participatifs, des captations sonores, des explora’sons, etc. Ces formules peuvent avoir lieu tant avec des bailleurs sociaux pour des animations en pied d’immeuble, qu’avec des centres de loisirs pour une demi-journée thématique, des bibliothèques, etc. Parce qu’on ne fait pas que l’écouter, la pratique musicale est aussi au programme : des ateliers de découverte et des initiations collectives permettent aux participants de toucher les instruments, d’émettre des sons, et de se les approprier. Et enfin, un diagnostic musical peut être réalisé sur un territoire dans le cadre d’un aménagement urbain ou rural, via des animations musicales ou le lancement de dynamiques collectives.

Un projet résonne un petit peu plus par son histoire et son contenu. Il est l’un des premiers projets à avoir été lancés par l’association, il y a maintenant près de trois ans. A l’ouverture d’une résidence logement social intergénérationnelle aux Bassins à flot, un quartier en développement de Bordeaux, Pierre et Arnaud apprennent qu’au sein du bâtiment, trois salles communes ont été prévues pour de la pratique musicale. Après trois mois d’entretiens avec les habitants de la résidence et l’établissement d’un diagnostic sur la relation des habitants avec le monde de la musique, les deux compères écrivent un projet qu’ils soumettent au bailleur.

« En fait tout ce que l’on fait, on le teste là-bas dans un premier temps » Arnaud

Le projet prévoit un concert sur place tous les deux mois, ainsi qu’un atelier musical tous les mercredi soirs, dans cette même salle. A l’approche ou suite à un concert, les musiciens sont invités à venir participer et/ou animer l’un de ces ateliers afin de créer un lien, une intimité avec les spectateurs que l’on ne retrouve pas lors d’un concert plus classique. Le reste du temps, les « Dis moi c’que t’écoutes », « La roue de la musique » ou La « Valise musicale » animent les mercredis soirs de la rue Marcel Pagnol.

« Ce n’est pas qu’on a la tête dans le guidon, c’est qu’on se regarde pédaler »

On retrouve Leslie, Cyrielle, Pierre, Arnaud et Léo quelques jours plus tard dans un bar du quartier Saint-Michel. Pierre nous explique à propos de Ricochet Sonore que « l’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage en lui-même ». Mais ne retrouvant plus la célèbre phrase de Robert Louis Stevenson, il improvise et nous dit « c’est pas qu’on a la tête dans le guidon, c’est qu’on se regarde pédaler. » Comme ça de but en blanc, cette phrase peut paraître loufoque…

Alors que n’ayant palpé l’ambiance et l’essence de l’association que depuis quelques jours, nous comprenons le message : le principal, ce n’est pas le résultat, mais le processus pour y arriver. Le principal n’est pas de faire deviner une chanson, diffuser de la musique, jouer en appart’ ou faire découvrir tel ou tel style à tel ou tel public. L’essentiel se trouve dans le processus : la musique devient un support d’échange, de partage, et d’ouverture. Si ne serait-ce que l’un des participants de la conférence a retenu le nom de Toto la Momposina pour acheter un CD ou l’écouter à la maison, tant mieux. Mais le défi sera d’autant plus gagné d’une part si ce mardi matin a pu être l’occasion pour des personnes d’avoir une discussion et d’échanger avec quelqu’un d’autre, et d’autre part si l’événement a facilité une ouverture ou une curiosité sur la culture latine de manière générale chez l’un des participants.

Ainsi, la musique est vue dans cette initiative comme un moyen pour faire se rencontrer les gens, qu’ils discutent, échangent, s’ouvrent, et se rassemblent : tout ce qu’on aime chez C’est pas des idées en l’air !

Véritablement ancré sur son territoire, Ricochet Sonore est une ressource rare en termes de valorisation de la culture locale. La diversité de la scène musicale bordelaise y est mise à l’honneur, promue, et valorisée ! D’ailleurs, « Valoriser les ressources locales » est quasiment devenu un slogan tant dans le monde alternatif que chez les politiques. Concept un peu fourre-tout, mais non moins essentiel dans la dynamique d’une ville ou d’une région, il promeut souvent l’artisanat, l’agriculture, le patrimoine ou la gastronomie. En apprenant à connaitre de telles initiatives, nous sommes convaincus que la musique fait partie intégrante de ces ressources qui donnent une richesse, une âme, et du caractère à un territoire. Musique maestro !  

 

Plus d’infos : http://www.ricochetsonore.fr/

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