Bastien, unique salarié, facilitateur du Tiers-Lieux, nous raconte la vie de CéLA. Il nous parle de Tiers-Lieux, d’équipe, de yoga, de coworking, de gouvernance, et même un peu du président !

C’est pas des idées en l’air : CéLA, est-ce qu’on peut dire que c’est l’histoire de deux potes qui avaient un rêve ?

Bastien : Oui, c’est deux personnes qui se rencontrent et qui discutent. Fred avait envie de monter une association, il avait envie de créer un truc et moi j’avais envie de faire des choses plutôt axées vers tout ce qui est recyclage, ateliers, etc. Du coup on s’est dit on se voit une fois par semaine pendant deux heures et puis, y’a un troisième larron qui nous a rejoint, Richard.  L’idée c’était de créer une sorte de collectif ouvert, autour de ces valeurs-là : écologie, transmission de savoirs, rassemblement du milieu associatif, coopération, etc. On a fait une petite vidéo qu’on a mis sur YouTube, et Facebook. On s’est dit on va faire avec les gens qui sont là et on a eu je crois 47 personnes. On était hyper impressionnés !

Donc on avait fait une petite présentation et finalement ce qu’on avait dit c’est que nous on propose une idée et c’était aux gens qui étaient là de s’investir dans l’idée. C’est vraiment le concept du Tiers-Lieux, c’est que tu y trouves ce que tu vas y apporter. Y’a des groupes qui se sont créés spontanément, les gens ont pris des papiers, « bon bin ok moi je veux faire ça, je veux faire du jardin, je veux faire ci », on a mis tout ça sur la table, et les gens se sont inscrits avec leurs adresses mail. Y’a des référents qui se sont mis sur chaque groupe pour rassembler les infos, envoyer un premier mail, et puis c’est parti comme ça. Tous les mercredis on faisait une réunion, je pense que ça a vraiment fait partie du succès de l’asso, on disait ce qu’il s’était passé dans la semaine et on regardait ce qui allait se passer la semaine d’après. Et ça a été vraiment un truc hyper intéressant la réunion du mercredi parce que t’avais des nouveaux qui venaient se greffer, qui venaient chercher des infos.

Pour toi, un Tiers-Lieux c’est quoi ?

Bastien : Derrière un Tiers-lieux je mets d’abord un espace de vie sociale. C’est un endroit où on vient rencontrer des gens qu’on n’a pas forcément vocation à rencontrer. C’est un endroit où on peut venir travailler aussi, que ce soit pour des projets privés, des projets de création d’entreprise ou même parfois de passion, ça permet à des gens de pouvoir avoir un espace pour travailler tranquille. Dans le concept des Tiers-Lieux je mets quand même le côté social devant, parce que je trouve que c’est vraiment intéressant d’avoir ces lieux-là. Avant c’était plus le bar du village qui avait ce job-là dans les relations sociales en fait, avant de rentrer à la maison dans son bled on allait boire un coup au café, on rencontrait le journaliste du coin, le patron du bar, le maire, le plombier… Et du coup pour moi le Tiers-Lieux c’est ce lien-là qui se re crée à nouveau. Après la question des Tiers-lieux c’est aussi tout le numérique, c’est vachement important d’accompagner les gens vers le numérique.

Du coup ce serait quoi la particularité de CéLA ?

Bastien : C’est un Tiers-Lieux hybride. C’est pas juste un café associatif, c’est pas juste un espace de coworking, c’est pas juste un jardin, ça mixe tout plein d’équipements et c’est pour ça que derrière Tiers-Lieux on met un « x » parce que c’est plusieurs lieux en un.

Après la spécificité de CéLA c’est l’action citoyenne. En fait si y’avait qu’un seul mot à retenir c’est « faire », nous on est là pour faire, pas pour démontrer que c’est nous qui avons raison, mais on est là pour faire, montrer que ce qu’on fait c’est pas mal ou ça peut être utile.

Pour nous, Tiers-Lieux ça veut aussi dire circuit-court et partenariats, est-ce que ça résonne chez CéLA ?

Bastien : Oui oui complètement. Nous c’est vraiment ça, on veut pas que CéLA ça devienne un truc gigantesque en dehors de Bergerac. Nous on veut développer le local, développer avec nos adhérents. C’est ce qui se fait déjà !

Un des gros chantiers qu’on va mettre en œuvre là, c’est rassembler d’autres associations avec nous en fait. Pas forcément créer un truc, mais pour qu’on puisse se rencontrer, même si c’est qu’une fois par trimestre, mais au moins voir ce qu’on peut faire ensemble, voir s’il y a possibilité de coopérer, que ce soit sur des actions, ou du fonctionnement interne, ou s’échanger des services, …

Tu peux nous expliquer ce qu’il se passe à CéLA ?

Bastien : Alors il y a plein de trucs ! La grosse activité c’est la ressourcerie. Après y’a des cours de yoga, y’a des réunions de groupe, y’a le jardin, y’a des thérapeutes qui sont venus, des expos de tableaux, on a fait un petit concert aussi et on aimerait en faire d’autres. Y’a la bibliothèque aussi, y’a le café… L’activité du lieu, c’est un laboratoire. Là on va lancer le Repair Café en novembre, on essaie de lancer des chantiers et de faire venir les gens.

20171102_090501

Pour la petite histoire, tu peux nous dire ce qu’était ce lieu avant ?

Bastien : Juste avant nous c’était des pompes funèbres. Donc on a redonné de la vie dans un lieu de morts…

Vous êtes ouverts depuis six mois maintenant, et l’association existe depuis près de deux ans, c’était le temps à prendre pour trouver le local ?

Bastien : Si tu veux en décembre 2015, on venait de se constituer, donc au départ on cherchait pas vraiment un lieu. Après quand on a vu qu’on était assez nombreux, on avait envie d’un café donc on en a fait un chez un privé, et on avait un poney club qui était à côté donc on faisait un peu des trucs avec eux. Mais je dirais qu’on a commencé à chercher activement un lieu à partir du moment où on est rentré dans une phase d’incubation avec la Coopérative des Tiers-Lieux. En fait, on a participé à un Petit Ramdam et là j’ai rencontré les filles de la Coopérative des Tiers-Lieux qui nous ont dit « Bin alors CéLA, il reste 48h pour postuler pour faire partie de l’incubateur ! ». Donc en gros c’est une formation qui dure pendant un an où t’es accompagné par la Coopérative des Tiers-Lieux, c’est gratuit et ils te coachent pour créer ton Tiers-Lieux. Et donc avec Fred on est rentré, on a fait ça un peu vite fait, on s’est bien marré, on a rempli le tableau et on l’a renvoyé. Y’avait une bonne vingtaine de projets qui avaient postulé et ils en ont retenu 4, dont nous. Donc on est tout de suite rentré dans cet incubateur, on est allé à Bordeaux en formation, et on a balayé tout un cursus de formation autour des Tiers-Lieux, mais ça allait vraiment du budget, du Tiers-Lieux en lui-même, de l’animation d’un Tiers-Lieux, de la communication, enfin c’était vraiment un truc hyper large, on a visité des Tiers-Lieux, c’était vraiment chouette. On a été mis en relation avec la Région qui est vachement au fait sur ces questions-là et c’est là qu’on a commencé à remplir le dossier de subvention, qui nous a permis de chercher, puis de trouver ce local.

Et si on parle argent, vous tournez sur des fonds propres, ou vous avez des aides des collectivités ?

Bastien : Là typiquement c’est la Région qui nous aide. On rentre pas suffisamment de chiffre d’affaires. Même si depuis la rentrée on monte doucement. On a ouvert au mois de mai, on a commencé gentiment et là ça va mieux. On s’est donné trois ans pour atteindre un certain équilibre. En tout cas on s’est donné comme objectif d’être à 70-80% de fonds propres pour n’avoir plus que 20 ou 30% de fonds publics. Après dans les faits, c’est jamais figé. Ce serait parfait de se dire que tous les ans on est à 20% de fonds publics. Mais dans la réalité économique des Tiers-Lieux, ce n’est pas comme ça que ça se passe. De manière générale, c’est plutôt une stabilité économique sur un an, un an et demi, puis on passe en mode projet pour développer un projet, donc on a besoin d’argent et sur un an ou un an et demi on va avoir une partie des fonds publics qui vont augmenter. Donc c’est plus être autonome économiquement. C’est-à-dire toutes les décisions qu’on prend, c’est nous qui les prenons. C’est pas on est à 60% de fonds publics tout le temps, et du coup les décisions c’est plus nous qui les prenons, mais parce qu’il y a une collectivité territoriale qui nous dit faut faire ci, faut faire ça, sinon vous avez pas de sous ! Donc nous on base notre modèle économique là-dessus. Maintenant on a 3000 euros de charge donc ça veut dire qu’il faut faire rentrer minimum 3000-3500 par mois. Là par exemple au mois d’octobre, on est plutôt à 1500-1600… Ce qui est pas si mal après six mois d’ouverture ! C’est plutôt encourageant !

La première fois qu’on a vu Fred, le Président, il avait un chapeau haut de forme en plastique bleu, une veste de costard trop grande, une cravate à rayures, un pantalon treillis, et des baskets de running. Tu peux nous dire deux mots sur le phénomène qu’a l’air d’être le bonhomme ?

Bastien : (rires) Fred c’est un créatif, c’est lui qui a trouvé le nom CéLA, lui dans sa tête tu lui donnes une idée et il t’a déjà fait tout le truc. Tout est prêt pour ouvrir ! C’est quelqu’un qui est hyper vif d’esprit et c’est son trip d’être comme ça, faire une grande famille. C’est un genre de papa. Il a ce côté vachement rassembleur !

20171027_190401

Ca donne l’impression que vous êtes très complémentaires dans votre binôme…

Bastien : Ah oui oui on est hyper complémentaires, ça c’est sûr ! Fred il est hyper volontaire, donc c’est clair que c’est cool de bosser avec lui, il sait motiver les gens. Après y’a Richard aussi que vous avez pas beaucoup vu, mais qui est super aussi. Richard il est dans l’action, il s’occupe de la communication et des fois il fait des trucs un peu chelou mais c’est pas grave, parce que comme on dit « on fait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux ». On a une bonne équipe oui ! Il y a aussi Elisabeth, Sarah, Léo, il y a plein de personnes vachement présentes mais c’est vrai que la petite flamme de folie Fred, il est là pour ça !

Mais vous n’êtes pas que deux ou trois, avec 130 adhérents, comment s’organisent la répartition des tâches et des prises de décision ?

Bastien : Aujourd’hui, y’a le Conseil d’administration de 7 personnes, c’est vraiment le côté de l’administration. Après on déborde beaucoup de ces questionnements dans les réunions du mercredi avec les adhérents. Dans les réunions du mercredi on aborde les questions de fond de l’association, on se questionne, surtout on essaie de faire des choses en collectif. Mais on s’aperçoit que prendre une décision en collectif c’est pas quelque chose qui se décrète et y’a encore beaucoup de gens qui ont tendance à penser qu’il faut faire du collectif. Moi je suis bien d’accord avec ça mais y’a une différence entre faire du collectif, et que ça fonctionne. Faut trouver des fonctionnements, des méthodes, des trucs comme ça. On a essayé.

On a essayé une fois la méthode de l’Holacratie. Donc c’est une forme de réunion, de structuration, qui permet à tout le monde de parler et d’échanger et à la fin on prend une décision. C’est un concept qui est extrêmement lent à mettre en place, c’est certainement utile mais en tout cas on l’a fait une fois, on a failli se taper dessus. Tu vois on marque laboratoire sur la devanture parce que c’est vraiment un laboratoire, on a fait plein d’essais pour prendre une décision en collectif. Au sein d’un Conseil administration c’est relativement simple entre guillemets, parce qu’on arrive à se questionner et à répondre et à un moment on arrive à se mettre d’accord. Quand t’es dans un cercle qui s’élargit de plus en plus, c’est vachement moins facile. Après je pense qu’on a vraiment beaucoup de travail à faire par rapport à ça. Donc on a une vraie réflexion sur la gouvernance à faire. Et après c’est la vie d’un groupe, c’est ça qui est chouette aussi.

Quelle est votre plus belle réussite jusqu’ici ?

Bastien : Je sais pas si c’est de la fierté mais on est contents d’avoir fait ce projet oui ! Contents de s’être rencontrés, et ce qui est génial ici, c’est que les retours que les gens nous font, c’est qu’il y a plein d’assos sur Bergerac où tu viens, tu fais ton petit atelier, et puis finalement tu rencontres jamais les gens ! Et souvent à CéLA on nous dit « C’est cool parce que je rencontre du monde ». Donc si on a une fierté, c’est de se dire qu’on a réussi au moins ça, à faire se rencontrer des gens qui au départ à priori n’avaient pas à se rencontrer.

C’est la définition du Tiers-Lieux que tu nous a donné tout à l’heure… Mission accomplie !

Bastien : C’est ça ! Exactement !  Et qu’ils fassent des choses ensemble ! Parce que c’est vrai qu’on s’est tous dit un jour « on pourrait faire ci, on pourrait faire ça, j’ai une super idée » ok, mais l’idée elle reste toujours au stade de l’idée parce que t’es tout seul, parce que t’as pas la confiance en toi, alors que quand tu fais partie d’un groupe comme à CéLA tu vas pouvoir parler de cette idée-là, et tu vas tout de suite avoir du monde qui va être là, qui va venir t’aider !

On peut dire que ça ne reste pas des idées en l’air… (rires)

Bastien : Voilà ! Ca reste pas des idées en l’air ! Je préfère que collectivement on ait le regret de s’être planté, plutôt que le regret de ne pas l’avoir fait !

 

Plus d’infos : http://www.cela.site

un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s