Hier, Antonin était étudiant en architecture à Saint-Etienne, aujourd’hui le collectif BSP rêve de voir leurs plans et leur projet redonner sens et cohérence au réseau de transports ferroviaire de la région de Limoges. Le principe : faire circuler sur le réseau ferroviaire existant (étoile à huit branches autour de Limoges) cinq lignes de TramTrain, transport collectif fonctionnant comme un train en campagne et comme un tramway dans les agglomérations.

 

Un projet étudiant qui n’est pas resté dans les placards

Les placards et les archives des Universités françaises débordent littéralement de projets pensés, conçus et rédigés par des étudiants issus de toutes filières. Rares sont les projets d’étudiants qui arrivent à sortir des murs de l’enseignement supérieur et à être mis en pratique, car pour bon nombre ils répondent uniquement à une évaluation de fin d’année.

Le TramTrain aurait pu finir comme beaucoup d’autres, dans le placard. Mais une fois son diplôme en poche et rentré au bercail dans le Limousin, ce sont les amis d’Antonin qui se sont rendu compte de la nécessité de la mise en valeur et de l’enrichissement de ce projet de fin d’études. Ce n’était pas une idée en l’air ! 

Ensemble, ils ont créé le collectif BSP il y a trois ans dont le noyau est formé par 4 amis d’enfance. Ce projet, qui a résonné chez plus d’une personne, mobilise aujourd’hui environ 50 contributeurs, soit autant de personnes qui ont apporté leur pierre à l’édifice (aide au design, idées nouvelles…).

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Le cœur du TramTrain Limousin porté par le  BSP vise à « réconcilier ville et territoire ». Permettre à tout un chacun de se déplacer aisément à travers le territoire en reliant Limoges, les villes  périphériques (Bellac, Saint-Junien, Thiviers, ou encore La Souterraine et Guéret en Creuse) et les communes intermédiaires, dans un rayon de 60 km correspondant au bassin de vie.

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Sur ce schéma, un départ toutes les 30 minutes aux extrémités des  lignes, permet du fait de la convergence des voies, d’obtenir un battement de 5 à 12 minutes entre les rames au sein de l’agglomération de Limoges.

« Je voulais re-questionner un endroit que j’ai connu » Antonin Boyer

Les membres de BSP ne sont pas spécialement des passionnés de trains et de tramways, c’est la question de la mobilité sur un territoire donné qui les taraudent et qui a guidé le projet depuis ses débuts.

La mobilité, une question centrale pour un territoire.

Réduction des lignes, réduction des cadences, retards, trajets qui s’allongent à cause de l’entretien défectueux des voies ou du matériel roulant,… tous ces désagréments rendent la circulation en train dans cette région, comme dans beaucoup d’autres, de plus en plus compliquée.

De ce fait, les 450 000 personnes vivant dans le périmètre de 60 km autour de Limoges délaissent peu à peu le réseau ferroviaire pour se tourner, plus simplement, vers la voiture. Mais que faire de ces 400 km de voies ferroviaires desservant les 50 gares du territoire ? Quand nous savons que le nombre de morts sur la route est reparti à la hausse et que nous mesurons l’impact écologique d’un déplacement en voiture, nous trouvons vite quelques idées pour faire quelque chose de cet héritage ferroviaire.

De plus, Antonin nous explique les yeux emplis de passion et de curiosité qu’en abordant la question de la mobilité, peuvent découler des sujets aussi nombreux que divers.

« Quand on parle de mobilité, ça ouvre les portes à des discussions sur tout ! » Antonin Boyer

Emploi, culture, sport, santé, économie… ce sont autant de sujets que la question centrale de la mobilité aborde, mettant en avant les atouts d’une mobilité plus fluide entre ville et campagne. Que l’on parle d’accès à l’emploi, de pratiques culturelles, d’intérêts sportifs, etc., la mobilité offre autant d’arguments dont BSP a pu se saisir au cours des réunions et des rencontres avec les différentes institutions et collectivités territoriales ces trois dernières années. Cette clé d’accroche en forme de pinces multiprises a, pour l’instant, séduit 73 municipalités à s’engager en faveur du projet. Efficace !

Couvrant le Sud-Ouest de la Haute Vienne et bordée par l’agglomération de Limoges, la région de la Chataigneraie Limousine regroupe six communautés de communes, soit 73 communes. Ce sont ces 73 communes qui ont apporté leur soutien officiel au projet BSP avec le vote d’une motion de sauvegarde des lignes ferroviaires, assorti d’un soutien au projet TramTrain Limousin.

Le territoire, un bien commun.

Le territoire, un bien commun ? C’est-à-dire ?

C’est du moins un concept élaboré par Magnaghi auquel nous fait penser le projet BSP.

Avant de savoir si le territoire peut en être un, revenons sur la notion de bien commun. L’ouvrage Propriété et communs, idées reçues et propositions (Editions Utopia), que nous conseillons pour sa clarté sur le sujet, en apporte le cadrage suivant :

« C’est un concept qui demande la coexistence de trois éléments fondamentaux : une ressource collective définie, une communauté déterminée, un mode de gouvernance collectif. Cela signifie qu’un bien ou un service n’est pas commun par nature, mais par son usage. En revanche, certains biens ou services ont plus vocation que d’autres à devenir commun : l’eau, la forêt, les semences, un espace de jeu… plutôt qu’une résidence, une centrale nucléaire, ou une voiture par exemple. […] Ce qu’on appelle commun est donc un principe selon lequel une communauté d’usage choisit de se donner des règles communes pour prendre soin d’une ressource, les met en pratique pour partager l’usage par une gestion commune, dans le respect des générations futures. En effet, une ressource n’est jamais commune par nature, mais le devient par volonté politique. »

Précurseur dans le domaine des communs, Magnaghi est considéré comme le fondateur de l’école territorialiste en Italie. Cette dernière part du principe que notre développement économique souffre d’une déterritorialisation, dans la mesure où les habitants d’un territoire n’ont plus la main sur leur économie locale et ses ressorts. Ils n’en sont plus au centre, mais relégués à la périphérie, exploités selon des impératifs pensés par d’autres, ailleurs : dans un chef-lieu, une préfecture, une capitale, voire depuis des organisations internationales. Afin d’endiguer le phénomène, l’approche territorialiste propose donc de revisiter un développement local comme alternative à ce processus de déterritorialisation. L’implication citoyenne y occupe une place de choix. La reprise en main de leur espace de vie est une condition selon lui à une transformation des styles de vie, de consommation et de production. Une fois ce changement opéré avec les nouveaux partenariats entre acteurs locaux alors créés, le territoire pourra alors retrouver ses caractéristiques propres, différentes et complémentaires des territoires voisins. En somme, une mondialisation par le bas, avec les territoires comme communs.

Pour part, nous avons l’esprit du projet BSP dans ces théories. En redonnant une mobilité soutenable et durable à tous les habitants, c’est un pouvoir qui leur est redonné, laissant place à des partenariats locaux émergeant plus facilement, et retrouver des caractéristiques propres au territoire, qui le rendront soutenable économiquement, environnementalement, et socialement.

Si ces sujets vous intéressent, allez lire Magnaghi, allez discuter avec le collectif, laissez reposer le temps qu’il faudra, et regardez votre territoire de vie. Tout n’est pas figé, tout peut bouger, et vous les premiers ! Et comme ils aiment à le faire, une petite déclinaison pour le collectif BSP : Bravo pour Son Projet !

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