« Y paraitrait que…
Radulphe de Sanzay s’ennuyait à en mourir
Les colporteurs sont venus le divertir
Les ennuis n’ont qu’à bien se tenir »

C’est avec ces quelques petits mots que nous a accueilli Lolita, salariée passionnée, et empreinte de vie lorsqu’elle parle du Château de Sanzay…

Le Château de Sanzay a traversé et traverse l’Histoire et les histoires. Radulphe était un châtelain un peu particulier. Son sens de la convivialité et du partage l’avait amené à bâtir un château sans pont-levis, sans portail, ouvert à tous. Comme pour inviter les passants, habitants, voyageurs, curieux, et autres bavards à entrer, échanger, discuter, rigoler, promener, jouer, vivre. Sans pont-levis, son château était un lieu de vie.

Mais voilà qu’un jour, les passants dans sa cour se faisant de moins en moins nombreux, et restant d’avantage chez eux, Radulphe commença à s’ennuyer… Des jours, des semaines, des mois ! Des mois durant, de l’ennui, rien d’autre que de l’ennui. Puis un beau jour, deux colporteurs entrèrent dans la cour du château et trouvèrent Radulphe, seul, en train de s’ennuyer. Mais nos deux porteurs de messages et crieurs de rue ne connaissant pas même l’existence de l’ennui ne supportaient pas de voir un homme dans cette situation. Ils créèrent alors des pièges à ennui… Pour que plus jamais Radulphe ne s’ennuie…

Pour la fin de l’Histoire, demandez Lolita, Chloé, David, ou Mattieu, au Château de Sanzay, à Argenton les Vallées, dans les Deux-Sèvres.

Le Château et ses colporteurs

« Je me souviens de la première fois que je suis venu, j’étais de ce côté-là, et j’avais la vue sur tout ce bâtiment, je me suis dit qu’il y avait un tas de choses à faire sur ce lieu… » David, bricolo de la bande.

David, il a la tête et les mains. Il a les mains pour fabriquer, transformer, bricoler, se débrouiller, et la tête pour prévoir, organiser, encadrer des chantiers participatifs avec des adultes ou des enfants issus de tous horizons (simples bénévoles ou usagers de SESSAD, de CER, de CMP, de Mission Locale, etc.), le tout en transmettant sa passion des matériaux et de leur transformation avec pédagogie et plaisir.

4

Et il n’a franchement pas tort. La cour du Château nous donne l’impression d’être sur la place d’un village. Un bar à droite, un jardin en face, le puits au milieu, la miellerie et les ateliers bois et métaux à gauche, on s’y croit !! Et le panorama se complète si on lève les yeux, qu’on voit les tours traditionnelles des châteaux médiévaux et leurs remparts… Le tout rénové avec uniquement des matériaux écologiques et de récupération.

« Je pense que notre grande réussite, c’est le lieu. Et le fait qu’il était à rafraichir. Parce que quand on travaille sur sa rénovation, on met un enduit ou autres, on s’y attache un peu, on s’y sent bien. Et je pense que c’est entre autres ce qui fait revenir les gens » Mattieu, co-fondateur.

Mattieu, il est comme chez lui ici. Dix ans qu’il est là. Avec son ami Fred, ils avaient un rêve de potes, de copains, ils voulaient créer un lieu où il serait possible de réaliser ses rêves. Leurs rêves, ou ceux des autres, peu importe, mais que des rêves se réalisent… Ce n’était pas une idée en l’air ! Parce que lorsqu’ils sont entrés ici, ce qu’ils ont découvert ne se raconte pas, ça se vit. Demandez-lui de vous le faire vivre, on boit ses paroles !

Il y a aussi Lolita qui nous donne l’impression d’avoir connu Radulphe personnellement lorsqu’elle nous raconte son histoire, Chloé l’enfant du pays au grand sourire, comme un poisson dans l’eau avec son équipe de jeunes argentonnais, un Conseil d’Administration de 19 personnes bénévoles (composé pour part d’anciens services civiques, dont un ancien usager des chantiers avec la Mission Locale) et les quelques 70 bénévoles qui les entourent ! Et quand la famille au grand complet est réunie, avec les bénévoles plus ponctuels et les adhérents compris, ce sont 200 colporteurs qui se mobilisent toute l’année pour faire vivre ce Château.

L’ennui ? Le quoi ?

Toutes les activités menées par l’association La Colporteuse, occupante du Château depuis 10 ans, sont pensées comme des pièges à ennui, afin que plus jamais Radulphe ne s’ennuie…

Une miellerie associative avec une ruche pédagogique occupe une partie des bâtiments, pour d’une part animer des ateliers de découverte de l’apiculture, et d’autre part essayer d’obtenir une production de miel suffisamment conséquente pour la vendre.

Une ludothèque prend place aussi au Château avec des jeux de société à utiliser sur place ou à emprunter.

Cœur du village, ou de tout lieu de vie qui se respecte : le bar.

Le bar associatif « Le ptit potin » au style chaleureux, à l’ancienne et bonne franquette tient même sa ginguette (La Guinchouette) le temps de l’été.

Les chantiers participatifs peuvent prendre plusieurs formes. Il y a les chantiers de bénévoles où tout le monde vient donner la main pour préparer l’organisation d’un évènement ou pour du rangement, etc. Il y a aussi les chantiers réguliers avec par exemple le CMP qui vient une demi-journée par semaine, la Mission locale ou un SESSAD une demi-journée toutes les deux semaines, pour entretenir le jardin, ou bricoler de nouveaux aménagements dans la cour. Et enfin, il y a des chantiers plus ponctuels mais plus longs (de 3 jours à une semaine) pour les centres de loisirs, les établissements scolaires, CER, ou toute autre structure accueillant enfants ou adultes, désireuse de leur faire passer quelques jours d’éveil et de découverte.
(CER : Centre Educatif Renforcé / CMP : Centre Médico-Psychologique / SESSAD : Service d’Education Spéciale et de Soins A Domicile)

2

Les « Animations Nature » se proposent de prendre à bras le corps l’environnement naturel dans lequel se trouve le Château, à commencer par ses douves classées « Espace Naturel Sensible » par le Conseil Départemental des Deux-Sèvres depuis 2013. Ces animations permettent d’apprendre et de découvrir les fleurs, les arbres, les insectes, et bien plus encore…

Les ateliers des colporteurs sont proposés et menés par les colporteurs. Comme « L’œnologie », le « Rucher Ecole » ou « Ma santé me soigner », qui sont des rendez-vous réguliers où les adhérents viennent échanger et partager leurs savoirs.

Des événements ponctuels comme un concours international de soupe, des festivals, ou des partenariats ponctuels pour le lieu viennent compléter cette activité foisonnante.

Un ancrage territorial, la clé pour fédérer

Forts de leurs expériences professionnelles passées, de leurs réseaux et de leurs connaissances, les salariés et les bénévoles du lieu ont pu tisser un réseau d’acteurs locaux aussi large que diversifié. Ainsi, les liens vont des producteurs locaux, au lieu de vie pour personnes en situation de handicap voisin (La SEPAYE), en passant par la municipalité, l’épicerie associative du village d’à côté (la Moutierette), et surtout une grande partie des associations locales.

L’ancrage territorial est aujourd’hui une force de la structure, mais une force qui a dû être construite petit à petit. En effet, la ruralité a eu ses qualités et ses défauts. Une offre culturelle et associative moins foisonnante qu’en milieu urbain donc une population plus réceptive à l’annonce d’une soirée concert, ou d’ateliers chantiers. En même temps, le conservatisme du territoire n’a pas poussé outre mesure une partie de la population à s’intéresser « à un groupe de jeunes chevelus et barbus qui faisaient des trucs en caravane de toutes les couleurs » comme nous disait Mattieu. Les préjugés ont la vie dure.

Aujourd’hui, l’association compte quatre salariés et bénéficie d’une reconnaissance dans le bassin géographique qui lui permet de prendre avec un peu plus de recul les difficultés au moment de l’émergence du projet. Son action est même en train de faire office de centrifugeuse dans la proche région, entraînant dans son sillage des associations plus petites, ou en développement.

Une activité itinérante : quand La Colporteuse se déplace en caravaneS !

La Colporteuse cultive une dynamique d’ouverture sur l’extérieur qu’elle met directement en pratique avec ses caravanes : « Le Bobard » est un bar itinérant, « La mijoteuse » un restaurant, « La bricoleuse » une grande caisse à outils, et la « KKravane » des toilettes sèches !

20170916_175501

Conscients du fait de se situer à 3 kilomètres du bourg, ces petites caravanes leur permettent d’aller au plus près des habitants sur les six petites communes constituant l’Argentonnay. Les familles ne pouvant se déplacer ont ainsi accès à quelques-unes des activités de la Colporteuse pendant que ceux qui ne la connaissent pas encore prennent connaissance de son offre.

40% d’autofinancement

Ces caravanes peuvent également constituer une source de revenus. Il peut arriver que des collectivités territoriales ou des structures associatives sollicitent l’utilisation de ces caravanes, sur facture.

« On est à 60% d’argent public, 40% d’autofinancement. L’objectif à moyen terme c’est d’inverser la tendance » Mattieu, co-fondateur, le coordinateur.

Les nombreux chantiers constituent également une source de revenus non négligeable. Les chantiers internationaux de jeunes furent d’ailleurs une des premières rentrées d’argent ne venant pas de l’argent public. A ce titre, l’adhésion dès les premières années à l’union d’associations locales « REMPART », qui centralise l’ensemble des chantiers participatifs en France, fut l’une des initiatives les plus déterminantes dans le développement de l’action des colporteurs.

Cette volonté d’être le plus autonome possible financièrement vis à vis des institutions publiques fait échos à la fois aux souhaits des deux instigateurs du lieu qui se rêvaient sans financement public, et à l’émergence de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) qui rend possible cette perspective.

De l’apprentissage, de la fougue, de l’énergie, de la douceur, du rythme, de l’organisation, de l’imaginaire, du sérieux, du rêve, de la volonté, de la fête, du travail, de la besogne, de l’inventif, … Nos colporteurs ont eu besoin d’ AU MOINS tous ces ingrédients pour créer cette ambiance au sein du Château de Sanzay, qui a permis à Radulphe de ne plus jamais s’ennuyer. Et c’est en rajoutant une dose de partage et de convivialité que les pièges à ennui ont pu fonctionner sur petits et grands de plus en plus nombreux au sein du Bocage Argentonnais.

3

Pour les contacter :
www.lacolporteuse.net
contact@lacolporteuse.net
05 49 65 22 53

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s